vendredi 10 novembre 2006, par mars
EXTRAIT DE LA REVUE CASSANDRE N°67
Les temps sont durs pour les arts minoritaires. La ville de Paris ferme l’école Marceau et le moteur artistique du festival Mimos de Périgueux est en panne. Atout culturel majeur de la France, l’art du geste risque le KO technique.
Conversation avec Étienne Bonduelle, directeur artistique du festival Mimos et directeur du Centre national du mime
On peut aimer ou détester les spectacles de l’école Marceau. Ils font bailler certains. Et alors ? Cette école n’était pas une boîte de production.
Elle offrait une solide base de techniques corporelles qui rendait possible une recherche de formes nouvelles. Les écoles de mime parisiennes attirent les artistes de demain venus de partout et assurent à la France une place de choix dans leur regard sur le monde, car les mimes retournent chez eux !
« En fermant Marceau, dit Étienne Bonduelle, on veut faire des économies, on sait que ça ne fera pas de vagues. Pourtant, il y avait des jeunes pour prendre la relève. »
… L’image du mime est française. Elle a été forgée à Paris et fait partie d’un patrimoine vieux de deux siècles. Le paradoxe est que l’art du geste est en plein essor.
… « Il faut être aveugle pour fermer cette école alors qu’un prix de la Critique est décerné à James Thiérrée, petit-fils de Charlie Chaplin, qui se réclame de la pantomime, alors qu’on donne un Molière à Jean-Claude Cotillard et que Josef Nadj, formé par le mime, est dans la cour d’honneur. Au Ministère, on est incapable de me dire quel inspecteur est en charge du mime »
Le gestuel correspond à l’époque, mais ses langages restent méconnus…
"Les arts du geste ne montrent pas le corps performant, compétitif, mis en avant dans les sports, ils cherchent un corps qu’on interroge, qu’on accepte, qu’on fait grandir. On n’ose plus toucher l’autre, on a peur du corps. »
Les missions du service public incluent de préserver la diversité des expressions.
Pour le divertissement, on peut compter sur le privé. Pourquoi les « PMF »(petits et moyens festivals) cèdent-ils à la tentation de l’événementiel, en abdiquant la recherche ? … Cette tendance est propres à toutes les villes de France …il faut racoler le public, ajouter de l’événementiel, faire de l’audimat pour des retombées immédiates. On ne subit pas de pression sur la programmation, mais sur le résultat. C’est oublier que la culture est un investissement sur le long terme qui dépasse la durée d’un mandat ! »
Lire le rapport sur l’audit du Centre international de mimodrame : http://www.paris.fr/portail
Ecole internationale de mimodrame de Paris – Marcel Marceau 17 rue René Boulanger 75 010 Paris http://ecolemarcelmarceau.free.fr
Lien avec l’article Combien ça coute de ne pas faire ?
Suivre le mot-clé "Culture"
« Ce monde n’est plus qu’un marché, une immense foire et il faut l’amuser avec des farces de bateleur » Jules Verne dans Paris au XXème siècle