samedi 3 mars 2007, par mars
Dans mon pays, qui est le Sud-Ouest de la France, pays paisible de petits retraités, me promenant un jour, j’ai pu lire en quelques centaines de mètres, à la porte de trois villas, trois pancartes différentes :
"Chien méchant". "Chien dangereux". "Chien de garde".
Ce pays, on le voit, a un sens très vif de la propriété.
Mais l’intérêt n’est pas là ; il est dans ceci : ces trois expressions ne constituent qu’un seul et même message : N’entrez pas (sinon vous serez mordus).
Autrement dit, la linguistique, qui ne s’occupe que des messages, ne pourrait rien en dire que de très simple et de très banal ; elle n’épuiserait pas, et de loin, le sens de ces expressions, car ce sens est dans leur différence :
.« Chien méchant » est agressif ;
.« Chien dangereux » est philanthropique ;
.« Chien de garde » est apparemment objectif.
Autrement dit encore, à travers un même message, nous lisons trois choix, trois engagements, trois mentalités, ou, si l’on préfère, trois imaginaires, trois alibis de la propriété ; par le langage de sa pancarte - par ce que j’appellerai son discours, puisque la langue est la même dans les trois cas -,
le propriétaire de la villa s’abrite et se rassure derrière une certaine représentation, et je dirai presque un certain système de la propriété :
. ici sauvage (le chien, c’est-à-dire, bien sûr, le propriétaire, est méchant),
. là protecteur (le chien est dangereux, la villa est armée),
. là enfin légitime (le chien garde la propriété, c’est un droit légal).
le langage (le discours) explose, se fractionne, s’écarte : il y a une division des langages, qu’aucune science simple de la communication ne peut prendre en charge ; la société, avec ses structures socio-économiques et névrotiques, intervient, qui construit le langage comme un espace de guerre.
Bien entendu, c’est la possibilité de dire une même chose de plusieurs façons, c’est la synonymie, qui permet au langage de se diviser ; et la synonymie est une donnée statutaire, structurale, et en quelque sorte naturelle du langage ; mais la guerre du langage, elle, n’est pas « naturelle » : elle se produit là où la société transforme la différence en conflit ;
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