samedi 3 mars 2007, par mars
Le discours terroriste n’est pas forcément lié à l’assertion péremptoire (ou à la défense opportuniste) d’une foi, d’une vérité, d’une justice ;
il peut vouloir simplement accomplir l’adéquation lucide de l’énonciation à la violence vraie du langage, violence native qui tient à ce qu’aucun énoncé ne peut exprimer directement la vérité et n’a d’autre régime à sa disposition que le coup de force du mot ;
aussi, un discours apparemment terroriste cesse de l’étre si, le lisant, on suit l’indication qu’il vous tend lui-même : d’avoir à rétablir en lui le blanc ou la dispersion, c’est-à-dire l’inconscient ; cette lecture n’est pas toujours facile ;
certains terrorismes au petit pied, fonctionnant surtout par stéréotypes, opèrent eux- mêmes, comme n’importe quel discours de la bonne conscience, la forclusion de l’autre scène ; en un mot, ces terrorismes-là refusent de s’écrire (on les détecte à quelque chose en eux qui ne joue pas : cette odeur de sérieux qui monte du lieu commun).
Le discours répressif ne se lie pas à la violence déclarée, mais à la Loi.
La Loi passe alors dans le langage comme équilibre : un équilibre est postulé entre ce qui est interdit et ce qui est permis, entre le sens recommandable et le sens indigne, entre la contrainte du sens commun et la liberté sur- veillée des interprétations ; d’où le goût de ce discours pour les balancements, les contreparties verbales, la position et l’esquive des antithèses ;
n’être ni pour ceci ni pour cela (cependant, si vous faites le double compte des ni, vous constatez que ce locuteur impartial, objectif, humain, est pour ceci, contre cela).
Ce discours répressif est le discours de la bonne conscience, le discours libéral.
LIENS obligé : R. Barthes : Le bruissement ... Ch.L’image - Texte illisible ( !)
Retour au sommaire et autres textes Roland Barthes, 1957 : Mythologies (PRESENTATION et LIENS)