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Roland Barthes, 1957 : Mythologies (PRESENTATION et LIENS)

mardi 3 avril 2007, par mars

>>>Liens vers les textes : aller directement en bas de cette page<<<

Roland Barthes, 1957 : Mythologies (présentation)

Roland Barthes (1915 - 1980)

Dans les années 50 Roland Barthes est discret et ne prend pas part aux débats politiques. Il a déjà fondé le « Théâtre Populaire » et a pris parti pour Brecht mais il n’est pas encore le Roland Barthes (plus abstrait, plus théorique) des années 70.

Les textes de « Mythologies » étaient publiés , avant regroupement et édition en 1957, (Voir les anniversaires de 2007 liste) dans la revue de Maurice Nado (surréalisme, littérature marginale) , « Les lettres Nouvelles ».

Ils étaient lus et remarqués parce qu’ils proposaient une regard original sur la société française des années 50 , une analyse à la fois sérieuse et sévère , politique et psychologique à partir de choses banales , de la vie quotidienne.

De « petits évènements » sont décrits, décortiqués, pour montrer comment l’idéologie de la petite bourgeoisie (dont Roland Barthes est issu) se déguise, s’insinue et modèle les comportements, les journaux, les publicités et même les objets du quotidien.

Ce livre est un récit initiatique qui a encore un sens aujourd’hui :

Par le biais de la consommation, un système de valeurs s’impose comme modèle dominant et le fait apparaitre comme « naturel » venant de la nature, allant de soi.
C’est un appel à la vigilance face aux images "toutes faites", aux clichés de la vie quotidienne que l’on finit par ne plus remarquer et qui, pourtant guident nos comportements, nos choix. C’est une dénonciation de l’utilisation, à des fins commerciales, de l’ignorance, du manque d’esprit critique.

Aujourd’hui l’analyse se prête totalement à la télévision.

Notons par exemple la création , par image publicitaire du "crétin" (crétin.fr) : celui qui ne consomme pas bien : au delà de la plaisanterie , il y a bien là la création d’un nouveau mythe : l’idiot de naissance qui est pris pour exemple : montrer ce qu’il ne faut pas faire. C’est réveiller la fierté de chacun : pour ne pas paraitre idiot il faut acheter tel produit et le montrer bien sûr ….

***

Dans ses textes, Roland Barthes se met à distance, observe la France « moderne » où la consommation, la presse, les publicités s’installent comme vecteurs d’images, de concepts, de valeurs de la « nouvelle France » (d’après guerre).

C’est ce que décrit « Mythologies » à partir d’exemples concrets
- " L’Abbé Pierre" (jeune) : décrit l’opposition entre la charité et la justice. Montre comment les médias ont construit une image correspondant à celle adoptée par le plus grand nombre, pour représenter un saint.

-  « La croisière du Sang Bleu » décrit l’aristocratie

-  « Le vin et le lait » parle d’alcoolisme,

-  « Bichon chez les nègres » parle du « bon sauvage », du retour à la nature, de colonisation . Le jeune Bichon oppose sa blondeur (bonté, naïveté, image du bien naturel) aux habitants d’Afrique (image du bon sauvage qui est , par essence (soi-disant) proche de la nature, toujours prêt à "servir un blanc". L’astuce du reportage à grand succès analysé par R. Barthes est de donner à voir la "vie des nègres" à travers les yeux d’un petit blanc.

En 1957, on est friand de ces images (en 2007 aussi , si on y réfléchit bien : les Paris-Dakar, les voyages Safari, les séjours "in-situ" dans les palais ou les cases , surtout pas dans les hôtels à touristes ! ) : c’est le rapport dominant/dominé : le sauvage qui sert de spectacle aux nantis.

-  « Le catch » R. Barthes allait souvent voir du catch dans les salles de sport parisiennes. Dans ces spectacles, faussement appelés sportifs, il y voit du théâtre antique , de la "Comédia dell’arte" où les acteurs improvisent , toujours le même spectacle, celui de la justice, du paiement : il faut faire payer le salaud . Il y a du sens moral et des engouements populaires . (voir lien vers des extrait, ci dessous).R. Barthes - Spectacles de catch - LE BIEN ET LE MAL - Téléréalité finalement ...

-  La cuisine ornementale : recettes de cuisine proposées dans le journal "Elle" . Le journal "Elle" est une véritable encyclopédie de mythologies contemporaines. Il présente , chaque semaine, au public populaire, le rêve du "chic" , inaccessible. On l’achète pour voir et revoir les photographies et rêver un moment La recette de cuisine n’est pas proposée chaque semaine pour être réalisée , c’est une "affiche de rêve" pour un public à faible revenus (à l’inverse, au même moment l’express qui s’adresse à un public plus aisé propose des plats du type salade niçoise …). Le public d’Elle n’a droit qu’à la fable. Les plats présentés sont tous noyés dans un sauce épaisse : Roland Barthes voit, dans cette mode du nappage, la volonté de cacher les inégalités, de lisser les apparences, on retrouve cela dans les coiffures féminines de l’époque : des sortes de casques laqués d’où rien ne dépasse. A l’opposé , aujourd’hui les plats sont montrés de près, déjà coupés, on y jette des céréales ou des herbes fines en désordre. Les coiffures sont savamment sculptées de mèches ou décoiffées au gel , les pantalons sont portés rapiécés, déchirés, ou tachés …

***

Publié à nouveau en 1970 (en livre de poche), « Mythologie » aura un franc succès auprès des jeunes générations (qui dénonçaient la société de consommation en 1968) ET AUSSI auprès de publicitaires qui ont vu dans cet ouvrage un « manuel » de travail, un outil permettant de mieux construire les messages de vente de produits.

(Ce qui montre la capacité de la société de consommation à absorber, recycler tout ce qui la conteste !)

Ainsi, le travail et l’analyse ironique de Roland Barthes nous semblent encore d’actualité .

Aussi nous vous proposons (liens ci-dessous) quelques extraits de ses textes.

Mythologies- Extraits

- Roland Barthes : Mythologies – Avant propos - Avant propos du livre : "J’essayais alors de réfléchir régulièrement sur quelques mythes de la vie quotidienne française."

- R. Barthes - Spectacles de catch - LE BIEN ET LE MAL - Téléréalité finalement ... - Des cris, du spectacle, des larmes, des injustices et , enfin le verdict final , la punition ? la justice ? … entre la télé réalité d’aujourd’hui et le théâtre grec d’Athène, on s’arrête en 1957 …

- R. Barthes - Mythologies : "L’usager de la grève" - Tout est dit dans ce texte au sujet de la grève : comment on détourne le droit de citoyens pour en faire une arme contre d’autres citoyens … pendant que travailleurs et usagers se battent , l’employeur et les médias n’ont pas à examiner sérieusement les motifs de la grève … calomniez, divisez, il en cassera toujours quelque chose !

- R. Barthes, Mythologies : L’acteur d’Harcourt L’acteur d’Harcourt : L’artiste photographié à la ville : image d’un divin enfin débarrassé de ses rôles "terrestres rejoint "son" domaine, quelquepart au dessus des communs humains …

- R. Barthes , Mythologies : Les Romains au cinéma. Les Romains au cinéma : ils ont une frange et ils transpirent d’autant plus qu’ils vivent une tragédie … les temps ont bien changé …

- Roland Barthes - Mythologies - "La nouvelle citoën" :http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/barthes_citroen.htm

Le Bruissement de la langue :

R. Barthes : Le bruissement ... Ch.La guerre des langages : "Attention chien méchant" , qu’est-ce que cela veut dire au juste ?

R. Barthes : Le bruissement ... Ch : Lecture de Brillat-Savarin : L’obésité : On croit que c’est un sujet moderne , et , pas du tout !

R. Barthes : Le bruissement... Ch.Écrivains, intellectuels, professeurs : Qui pose des questions après une conférence, et dans quel but, au juste ?

R. Barthes : Le bruissement ... Ch.L’image - Texte illisible : Un peu d’humour, parce que c’est vrai , c’est gênant de ne pas comprendre ce que l’on lit !

R. Barthes : Le bruissement... Ch. Ecrivains : Deux discours : Les arguments répressifs et les arguments légalistes … on est loin du discours amoureux !

Autres liens

Anniversaires en 2007, l’effort d’être "mixte" --- L’industrie culturelle et ses effets - Analyse de T. Adorno en 1963


Ecoutez sur France Culture : "La Fabrique le l’histoire"
Toute la semaine 30 avril et 1.2.3 mai 2007, la Fabrique de l’histoire se penche sur le phénomène de consommation de masse tel qu’il s’est considérablement développé depuis la seconde guerre mondiale.

Lundi 30.04 : entretien avec Philippe Charmet, qui a longtemps dirigé l’agence de publicité Lintas. A partir des Choses de Georges Perec, Emmanuel Laurentin passe en revue avec lui le changement de niveau de vie dans les années 1950-1960, la développement de la classe moyenne et la mise en place de ses codes, table basse, vacances à Megève, etc.

Mardi 1 mai : retour sur une manifestation emblématique du développement de la consommation dans les années 1950. L’apogée des Salons des arts ménagers (1950-1960), un documentaire de Séverine Liatard, réalisé par Marie-Christine Clauzet. Le premier Salon des arts ménagers se tient au Champ-de-mars en 1923. …Cette grande manifestation printanière et festive largement relayée par la presse a joué un rôle non négligeable durant les années 1950 dans la démocratisation de la consommation.

Mercredi 2 mai : le revers de la médaille du tout-consommation, le surendettement.

Une loi pour aider les naufragés de la société de consommation : la loi Neiertz de 1989 sur le surendettement des particuliers … Face à l’explosion, durant les années 1980, du crédit à la consommation avec sa libération, près de 200 000 ménages sont surendettés. …

Jeudi 3 mai : des approches de la consommation où se mèlent aspects financiers, politiques, sociologiques, culturels… l’étude de la consommation se trouve au carrefour de plusieurs disciplines, … services bancaires, communication des entreprises industrielles, rapport des politiques à la consommation (la consommation perçue comme un droit)… la consommation comme pouvoir et l’émergence du "bien consommer"…

Re-écouter les émissions : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/fabriquenew/fiche.php ?diffusion_id=52523

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