vendredi 9 mars 2007, par mars
(L’avant propos écrit par Roland Barthes)
Les textes qui suivent ont été écrits chaque mois pendant environ deux ans, de 1954 à 1956, au gré de l’actualité.
Le matériel de cette réflexion a pu être très varié (un article de presse, une photographie d’hebdomadaire, un film, un spectacle, une exposition), et le sujet très arbitraire : il s’agissait évidemment de mon actualité.
Le départ de cette réflexion était le plus souvent un sentiment d’impatience devant le K naturel » dont la presse, l’art, le sens commun affublent sans cesse une réalité qui, pour être celle dans laquelle nous vivons, n’en est pas moins parfaitement historique : en un mot,
La notion de mythe m’a paru dès le début rendre compte de ces fausses évidences : j’entendais alors le mot dans un sens traditionnel. Mais j’étais déjà persuadé d’une chose dont j’ai essayé ensuite de tirer toutes les conséquences : le mythe est un langage.
Aussi, m’occupant des faits en apparence les plus éloignés de toute littérature (un combat de catch, un plat cuisiné, une exposition de plastique), je ne pensais pas sortir de cette sémiologie générale de notre monde bourgeois, dont j’avais abordé le versant littéraire dans des essais précédents. Ce n’est pourtant qu’après avoir exploré un certain nombre de faits d’actualité, que j’ai tenté de définir d’une façon méthodique le mythe contemporain : texte que j’ai laissé bien entendu à la fin de ce volume, puisqu’il ne fait que systématiser des matériaux antérieurs.
Ecrits mois après mois, ces essais ne prétendent pas à un développement organique : Leur lien est d’insistance, de répétition. Car je ne sais si, comme dit le proverbe, choses répétées plaisent, mais je crois que du moins elles signifient.
Est-ce que ce sont mes significations ? Autrement dit est-ce qu’il y a une mythologie du mythologue ? Sans doute, et le lecteur verra bien lui-même mon pari. Mais à vrai dire, je ne pense pas que la question se pose tout à fait de cette façon.
La « démystification », pour employer encore un mot qui commence à s’user, n’est pas une opération olympienne. Je veux dire que je ne puis me prêter à la croyance traditionnelle qui postule un divorce de nature entre l’objectivité du savant et la subjectivité de l’écrivain, comme si l’un était doué d’une « liberté » .. et l’autre d’une « vocation » propres toutes deux à escamoter ou à sublimer les limites réelles de leur situation :
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