dimanche 1er juillet 2007, par mars
Dans un article précédent [1] nous avons tiré la sonnette d’alarme :
Sur ce site "Z’idées de Mars", nous voulons lutter contre le "formidable pouvoir de l’ignorance …"cultivée" : car, aujourd’hui , on cultive l’ignorance au lieu de promouvoir la connaissance de chacun.
Nous vous invitions à n’utiliser dorénavant que le mot « ART » pour éviter toute confusion ou toute récupération de discours.
Vous verrez qu’à la fin de sa conférence Adorno parle d’art, il dit même que notre monde a un besoin urgent d’art !
(Conférences : "L’industrie culturelle" (Archives INA : L’homme dans un monde en pleine évolution - Université Radiophonique Internationale - 21 et 28/09/1963))
L’industrie culturelle n’a fait que croitre et prospérer depuis lors et ce texte est tout à fait d’actualité pour décrire les effets de ce que nous nommons aussi « l’imposture » où politique, industrie et commerce se déguisent en « faits culturels » pour mieux asservir le public (de masse si possible), donc nous tous et toutes. [3]
La remise en cause de la société de consommation, en 1968, trouve sa source dans les analyses de ces philosophes éclairés bien plus que dans des "propagandes de groupuscules gauchistes" comme cela est insinué dans les manuels scolaires actuels. [4]
Le terme d’"industrie culturelle" a été utilisé pour la première fois en 1947. Soixante ans après, il est omniprésent jusqu’à faire l’objet d’une émission hebdomadaire sur France-Culture :,(le samedi matin il est vrai !) « Masse Critique , le magazine des industries culturelles » où l’on expose le succès des « majors », le culot de Google et les chiffres d’affaire jusqu’à envisager la disparition du ministère de la culture comme pouvant être la libération suprême des arts et des artistes …
⇒ D’une part l’art populaire , la création de masse résultent d’une société composée d’individus qui créent et partagent de l’art. C’est en quelque sorte l’activité humaine artistique originelle.
⇒D’autre part – l’industrie culturelle – où l’individu autonome n’est plus le point de départ, ni même le souci premier. L’industrie culturelle crée des produits (sous le label « art ») à consommer en masse.
*** Les marchandises culturelles se règlent non sur leur contenu mais sur leur mode de production et de commercialisation.
(Remarque : cela n’est pas nouveau (la censure a toujours existé et celle du 19ème siècle fait de nous encore aujourd’hui des ignorants éclairés au lampadaire du pouvoir de l’époque [5] mais nous assistons aujourd’hui à une "industrialisation de la censure ).
Leur succès est donné par la mesure du profit (nombre d’entrées par exemple) : il s’agit de faire fructifier les sommes investies. L’impact sur les consciences ne se mesure jamais. [6]
*** La vraie culture (nous voulons la nommer « art ») obéit aux humains, décortique les rouages, éveille les consciences, invite à réfléchir, à agir – et non à consommer -.
⇒ Elle présente cela comme un progrès alors qu’il n’y a que standardisation (pas création) (exemple donné par Adorno : la transformation de la littérature en marchandise).
⇒ Elle présente cela comme un moment de liberté individuelle (« voyez ces étalages de livres = tout le savoir à votre disposition » alors qu’il n’y a que – consommation de ce qui est choisi, trié, au préalable - , le reste de la création littéraire, jugé non-conforme, n’est pas proposé ; [7]
*** Les investissements de l’industrie culturelle sont rarement des chemins vers le mieux.
Elle mécanise la production et la distribution sans égard pour la création artistique.
⇒ Elle ne participe pas à la création artistique, elle s’y installe en parasite , elle confond le fait culturel et sa vulgarisation.
*** L’effet de l’industrie culturelle sur la conscience des consommateurs ne doit pas être minimisé : elle diffuse en masse les valeurs de l’esprit dominant.
Elle ne nie pas ses méthodes mais invite à l’indulgence : « ses productions , cinéma, télévision, parades de variétés sont à prendre pour ce qu’elles sont : des moments de détente inoffensifs et démocratiques puisque tout le monde en re-demande » , dit-elle.
⇒ Mais en réalité elle participe à l’appauvrissement des informations et à l’indifférence des consciences. « On ferme les yeux sur ce que l’on subit et on assiste à un humour obligé, fabriqué pour un contentement éphémère.
*** L’industrie culturelle prétend fournir aux humains, des repères pour s’orienter dans le monde. Or, c’est en réalité une destruction de l’idée de vie, de pensée véritables. Dans ces repères, elle fait référence à des normes, à un ordre : celui du statut quo à priori.
*** . L’industrie culturelle se prétend guide mais produit des choses qui n’ont pas de sens.
Elle élabore des produits « nouveaux » par amalgames, associations d’idées ( comme par exemple, la musique classique et les embouteillages) et pousse à la conformité non par choix mais par automatisme (pulsionnel ?) [8]
Elle encourage et substitue le conformisme à la construction d’un « moi » solide. Elle exploite la faiblesse d’un « moi » qu’elle crée et entretient.
Exemple pris par Adorno : Les conseils donnés en astrologie : « les personnes nées entre le … et le … doivent aujourd’hui rester très prudents en conduisant leur voiture » : Ce genre de conseil conduit à la dépendance et à la servitude des humains qui se croient guidés par les étoiles , même lorsqu’ils disent « Je lis l’horoscope, mais c’est pour rigoler, je n’y crois pas … »
⇒ L’industrie culturelle distille le sentiment confortable d’un monde équilibré qu’il ne faut pas déranger ou bien, déranger selon les normes, dans des moments de fête codifiée.
L’industrie culturelle les réduit à l’état de masse et les empêche de s’émanciper tout en gardant perpétuellement un ton indulgent et ironique…
LIENS
L’art, entre résistance et aliénation à la société média mercantile. par Jean Noël Cuénod
1909-le Manifeste du futurisme de Marinetti
Bernard Maris chez Cassandre , l’art est un droit humain fondamental , Pourquoi ?
De qui et de quoi parle-t-on quand on dit "culture" ?
Sortir de l’impasse par la création.
La consommation tue l’imagination.
Chacun sa chimère - Charles Baudelaire
Marcelle Delpastre – 1925-1998
Sur Adorno voir aussi : --- Etudes sur la personnalité autoritaire, T. W. Adorno
Voir le montage photo NUMERO 16 : MONTAGES PHOTOS
Ecouter des extraits de la conférence et les commentaires de l’émission "Les vendredis de la philosophie" de juin 2007" à ce sujet : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vendredis/
[1] Quelle politique culturelle ? L’imposture de l’"industrie culturelle" et du politique
[2] citons en exemple : ce qu’est devenu la fête de la musique --- Fête ou Faites de la musique ?, et certain(e)s : galeries de peinture, galeries d’art, maisons d’édition, librairies, la télévision, la publicité, fabricants de spectacles, festivals et fêtes , producteurs de disques, de films, de jeux, de journaux , les marchands de voyages , stages , cours ou renfort scolaire… la liste est longue !
[3] Villes, voyages, musées, safaris, culture, même modèle : la création du rentable.
[4] Mai 68 enseigné au collège en 2007 --- Roland Barthes, 1957 : Mythologies (PRESENTATION et LIENS)
[5] Par exemple, propos de Flaubert et surtout à propos de "ce que nous savons" ou croyons savoir … voici une analyse intéressante qui nous permet de garder en mémoire le fait suivant : on ne connait de Flaubert (plus généralement d’un auteur) que le texte "choisi" (ou censuré ?) par les éditeurs, donc, après passage à la moulinette "esthético-politique" de l’époque (voir ci-dessous) - Même chose pour Jules Verne : son ami éditeur a voulu en faire un écrivain pour la jeunesse , ce n’est pas ce que voulait l’auteur (voir Plan et liens d’accès aux autres articles)
Gustave Flaubert - Madame Bovary - Moeurs de province
Alinéa/Point de vues/Elisabeth Brunet - 2007
Du 1er octobre au 15 décembre 1856, la Revue de Paris publie dans six numéros consécutifs un roman inédit, Madame Bovary. Elle a exigé de son auteur des coupes et censuré certaines scènes. S’en sont suivis un procès pour outrage aux bonnes moeurs et à la morale publique et religieuse puis un acquittement.
Dès qu’il reçoit l’un des volumes de l’édition originale en avril 1857, Flaubert, désireux d’éterniser la bêtise du Censeur, reporte une par une les corrections exigées et commente la suppression imposée de quelques scènes-clés : la noce, les comices, le fiacre, le pied-bot.
Il procède très minutieusement. Au crayon d’abord, il met les passages concernés entre crochets ; il barre d’un trait horizontal les fragments courts, d’une croix de Saint-André les plus longs. Puis, à l’encre, il encadre presque toujours le morceau visé et, quelquefois, il repasse à la plume sur les rayures au crayon.
Paradoxe de la rature, ce qui immédiatement saute aux yeux, c’est la violence de la mutilation : parce que le Censeur transforme le mot raturé en trait saillant, lui donnant une force qu’il n’avait pas initialement dans le corps du texte. Et c’est presque une autre Madame Bovary que l’on découvre, une Bovary décolorée, aseptisée, une Bovary de bon goût, enfin acceptable, privée de son « immoralité » supposée : immoralité de mot - tout ce qui touche à la chair, à la physiologie est épinglé par le Censeur - immoralité de situation, comique de caractère atténué.
Premier écrivain sans doute dans l’histoire littéraire à inscrire rétrospectivement dans le corps même du livre l’un des moments douloureux de sa genèse, Flaubert montrait volontiers cet exemplaire-témoin à ses amis. Cent cinquante ans plus tard, grâce à ce fac-similé, son objectif est désormais atteint : faire sortir la censure du cadre privé du manuscrit afin que la postérité puisse juger.
Edition présentée par Yvan Leclerc
4ème de couverture - )
[6] Reconsidérer la richesse, Patrick Viveret
[7] Disparition de "L’or des fous" et d’autres éditeurs. Lettre ouverte -Isabelle Bourgueil - Le site des éditions Grrr...art
[8] La télécratie contre la démocratie. ET Réenchanter le monde.