mardi 8 janvier 2008, par mars
Les colonnes de Buren font polémique . Faut-il les restaurer ? Faut – il les détruire ? (Vous pourrez connaître le détail du sujet en lisant les articles parus dans la presse fin décembre.
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Aujourd’hui, le directeur du magazine Artension propose une lettre-pétition (transmise par la maison des artistes à ses adhérents) pour signature et envoi au Président de la République.
Au-delà du sujet, très parisien et nombriliste (un de plus) le geste (la pétition et surtout son contenu) est d’importance car on y voit comment nos temps dits modernes pensent et valorisent l’art, la place des artistes dans notre société et le type respect accordé à notre patrimoine culturel collectif.
Espérons que nos enfants n’aient jamais à connaître les détails de ces moments obscurs de la culture car ils ne sont pas à l’honneur des adultes influents de ces années 2007/2008.
en bleu les commentaires de « Z’idées de Mars »
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- Cela commence bien, « à ceux qui veulent que ça bouge » , on l’a déjà entendu et , c’est vite dit , cela relève plus d’un slogan publicitaire qu’à une adresse précise.
- Pierre Souchaud , c’est la revue Artension. Ses éditoriaux sont toujours excellents et très cohérents dans la durée. Nous ne pouvons que partager des textes tels que :
Qu’est-ce à dire ? Les colonnes de Buren n’auraient pas de sens ? Cette injonction propose un choix mais pourquoi faut-il choisir ? Il semblerait que l’on puisse abandonner une œuvre d’art au profit d’un sens … lequel ?
Finalement ce titre introductif est judicieux, il éveille tant de questions qu’il force à lire la suite.
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- Qu’est-ce que « des salons historiques ? » . Est-ce comparable à la restauration d’une œuvre d’art ? Combien pour la restauration de la Vénus de Milo ? Pour les aménagements, dans l’enceinte du Louvre, de salles de réception pour les VIP ?
Combien pour l’initiative « Monumenta ?(voir en fin d’article)
Il existe sur tout le territoire de nombreux ensembles architecturaux qui ont couté cher en leur temps et qui, faute d’entretien régulier, sont aujourd’hui monuments de laideur. Faut-il les abandonner au profit « des salons historiques » ?
L’attaque est frontale et change de cap. On ne parle pas ici d’un travail d’artiste mis à la disposition du public, pour un partage d’émotion, d’un espace de vie en commun, chacun y trouvant, à son gré, repos, de rêve, amusement ou encore interrogation …
Il n’est pas question pour nous de défendre ou ne pas défendre Daniel Buren, nous ignorons d’ailleurs l’état de sa fortune.
Il est question de pointer du doigt un renversement de sens.
C’est comme si on disait « l’état a assez donné à Gustave Eiffel ».
Le ministère de la culture finance des œuvres d’art pour les mettre à la disposition du public, pour que les citoyens aient l’occasion, dans leur quotidien, de rencontrer l’art et les artistes, le monde du sensible et de l’expression. Sans cela , seuls les plus riches peuvent en bénéficier. (ce principe est actuellement développé dans l’expérience de la gratuité des musées , mais c’est une autre histoire …)
Ici, il est sous entendu : l’état donne de l’argent à D Buren ; Le public a disparu. Cette formulation de relation directe entre - état – argent - artiste – semble dénoncer un abus , un détournement d’argent public comme si les colonnes de Buren étaient dans les jardins de l’Élysée, soustraites au regard du public . Au fait , y-a-t-il des œuvres d’art dans les jardins de l’Élysée ?
- L’attaque frontale continue mais alors là on ne comprend plus rien .
=> Quiconque est sensible à l’art, qu’il soit contemporain ou antique sait qu’il faut apprendre à lire l’oeuvre avant de la juger, dire « j’apprécie » ou « je n’apprécie pas » plutôt que juger « beau » ou « pas beau », respecter qu’un autre ait un avis contraire … On apprend cela aux enfants dès l’école primaire.
=> Comme il s’agit d’une pétition, Pierre Souchaud invite « tous les artistes et amoureux de l’art qui veulent que cela bouge » à partager son jugement personnel sans même argumenter.
=> Il met en doute la valeur patrimoniale du travail d’un artiste. Au nom de quoi ? Mais on a déjà vu cela récemment puisqu’un projet de loi va permettre de mettre en vente notre patrimoine des musées mais là encore c’est un autre développement (voir Les musées auraient des "oeuvres libres d’utilisation" à vendre ...)
=> Sur le plan électoraliste, l’argument fait toujours mouche : il n’y a qu’à voir sur les blogs comment les colonnes de Buren passent allègrement sous les bulldozer au nom des économies d’argent. Dans le même ordre d’idée, si on proposait de raser ou de restaurer Beaubourg, les mêmes délires destructeurs couleraient à flot : on va raser tout ce qui est laid : Buren, Beaubourg, la pyramide du Louvre, le sacré cœur, les édifices de Gaudi en Espagne, la tour Eiffel
Vous souvenez vous des débats plus qu’animés au sujet de la tour Eiffel, est-ce de l’art ?, c’est horrible !, est-ce du patrimoine ? c’est scandaleux , cela défigure Paris… elle a bien failli être démontée …
L’oubli ou l’ignorance donne bien des libertés !
Mais monsieur Souchaud est bien trop cultivé et sensible pour ignorer tout cela . Alors ? Comment ces propos sont-ils venus sous sa plume ?
- Nous sommes là devant un discours partisan. Par ces interventions à l’emporte pièce, nombreuses depuis quelques temps, il s’agit de réécrire l’histoire, de tout interpréter à travers un prisme politique-propagandiste destiné à condamner , sans mesure , sans nuance, sans culture, tout ce qui a été fait avant et surtout , ce qui a été fait par la gauche : tout est bon pour la poubelle !
- Comme il y a préjudice donc, et sans aller jusqu’à demander une indemnisation financière, il faut une sanction.
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- Quoi que, s’il y avait un peu de sous aussi …
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Il est vrai que les artistes n’ont pas , dans la société française actuelle de quoi travailler et vivre dignement. Mais il ne faut pas rendre les gouvernements des années 80 responsables de la situation. C’est oublier beaucoup d’initiatives , d’expériences . C’est bien plus complexe et mérite une autre analyse. Et quand on paye le client , on dit comment ? --- La rémunération de l’artiste
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- Le "sens de l’art" ne passe surement pas par sa commercialisation. Les œuvres d’art ne sont pas des marchandises. Il est dommage que cela ne soit pas dit aussi. La "production artistique (et , ici, d’art plastique, ne fait pas partie de l’industrie culturelle . C’est bien pour cela que des politiques de commandes publiques auprès des artistes ont été engagées par les municipalités, départements, régions … L’acte est plus ou moins généreux, selon la personnalité des décideurs. Le pouvoir a toujours su utiliser les artistes pour le prestige de l’Etat, cela se fait encore , par exemple :
Dans les années 2002-2006, Anselm Kiefer travaille le béton. Il élabore les tours qui seront montrées, à Milan, dans les entrepôts Pirelli, la série des hommages à Khlebnikov (tableaux de mer avec bateaux et divers objets en plomb, 2004-2005), …
- FIN DE LA LETTRE-PETITION :
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- Le comité de rédaction du site "Z’idées de Mars" :
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En lien direct avec la valeur (ou non valeur) attribuée à une oeuvre d’art ou d’un monument :
A propos de la « désinaliénabilité » des collections publiques, Jean-David Jumeau-Lafond nous propose une relecture du « merveilleux » livre de Gustave Coquiot : Des Gloires déboulonnées (Paris, 1924). On constate ainsi qu’un regard (d’expert) condamne Degas et Moreau (mais pas seulement … C’est sûr, ceux là auraient été vendus si … http://www.latribunedelart.com/Musees/Musees_2008/Desinalienabilite_535.htm
Voir le sujet : Les musées auraient des "oeuvres libres d’utilisation" à vendre ...
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La réaction de M Souchaud aux réactions à sa lettre : (article daté du 21.01.08) http://rillon.blog.lemonde.fr/
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liens
L’industrie culturelle et ses effets - Analyse de T. Adorno en 1963
L’art dans la ville : Montigny
André Malraux, 1966, la culture pour chacun, chacune
Discours de Victor Hugo devant l’Assemblée nationale en 1848
Villes, voyages, musées, safaris, culture, même modèle : la création du rentable.
Rentabilité d’un musée ? Pour l’investir dans le Coca-Cola ? … Patrimoine : détruire ou laisser faire ... le temps ?
[1] le figaro 28/12/2007Marie-Douce Albert Le plan de l’État pour sauver les colonnes de Buren
Alors que Daniel Buren va jusqu’à demander la destruction de son œuvre non entretenue, le ministère de la Culture assure qu’un plan de restauration est prévu.
Il n’est de pire destin pour une œuvre d’art que l’indifférence. Au moins la création de Daniel Buren au Palais-Royal n’en a jamais souffert. Au contraire, les fameuses colonnes rayées avaient à peine surgi dans la cour du monument parisien, en 1986, que les attaques virulentes, voire les coups bas, pleuvaient. Voilà plus extraordinaire qu’aujourd’hui la voix qui s’élève pour suggérer la démolition de l’œuvre est celle de Daniel Buren lui-même. Pour l’artiste, ces colonnes noires et blanches sont la plus connue de ses œuvres et ce serait bien sûr la pire des solutions, mais il refuse qu’on laisse les colonnes en si triste état. Depuis cinq ans, il réclame, jusqu’alors en vain, sa restauration au ministère de la Culture, propriétaire de l’œuvre et dont les fenêtres donnent justement sur les colonnes.
Des travaux prévus en 2009
De travaux, il est justement question, au ministère de la Culture. « Le Palais Royal dans son ensemble fait l’objet d’un plan de restauration par tranches entre 2007 et 2011 », signale Michel Clément, le directeur de l’architecture et du patrimoine. Le chantier est déjà en cours sur les façades de la rue de Valois mais aussi sous les colonnes, où l’on installe de nouvelles salles de répétition pour la Comédie française. Ce programme d’un coût de 14 millions d’euros, qui prévoit aussi la restauration de péristyles et de la galerie d’Orléans, inclut la remise en état de l’œuvre de Buren. « On peut espérer que cette dernière, qui coûtera 3,2 M€, se fera à partir de 2009, poursuit Michel Clément. Une réunion avec le ministre Christine Albanel et Daniel Buren est prévue » dans les prochains mois.
Mais pour Patrick Bouchain, l’architecte qui avait construit l’œuvre pour Buren, « c’est une réponse dilatoire de dire que d’autres travaux sont nécessaires. On peut très bien réparer l’œuvre toute seule ». Jack Lang, ministre de la Culture à l’époque de cette création, déplore qu’on ait attendu si longtemps pour intervenir. « On construit, on édifie et ensuite, malheureusement la puissance publique entretient mal. C’est imbécile car ensuite les restaurations coûtent plus cher. », dit-il. Au ministère, on promet que les prochains travaux devront assurer la durabilité des colonnes. Mais les esprits frondeurs, qui faisaient remarquer que l’œuvre n’était pas en bon état et que cette création contemporaine allait coûter bien cher en réparation à la collectivité, pourraient retrouver du grain à moudre. Comme au plus fort de la querelle quand ils s’étranglaient de voir le Palais-Royal défiguré, en oubliant commodément que les colonnes de Buren avaient remplacé un parking.
Depuis, le public s’est emparé de la création. Enfants et adultes grimpent sur ces piliers pour jouer, selon l’envie du moment, aux statues vivantes ou à chat perché. On s’y photographie ou même on improvise là quelques pas de danse.